MA LETTRE A DIEU

 

Catholique de tradition, aussi loin que je puisse remonter dans le temps, j'ai le net souvenir d'avoir eu la foi et ce, malgré le fait que je pense que les enfants suivent leurs parents parce que..., et bien tout simplement parce que c'est comme ça ! Je remercie donc les miens de m'avoir apporté une éducation religieuse de base.

Pourtant, vers l'âge de 13/14 ans, je crois en Dieu mais j'ai de plus en plus de mal à composer avec le protocole et diverses autres choses liées à l'église. Entre autres, sa richesse apparente aussi me fait me poser des questions sur la pauvreté des uns par exemple par rapport à ce que je vois. Et j'ai du mal à croire ce que disent les prêtres, je pense déjà que c'est si peu... et toujours les mêmes rituels.

 Mais je prie, bien sûr que je prie ! Comme on me l'a appris, mais probablement pas comme il faut ! Je prie seule, car je vais à l'église de préférence quand il n'y a personne...

 Le temps passe et me voilà, quelques dizaines d'années plus tard, face à la plus belle remise en question qui soit : la rencontre véritable avec le Seigneur et le changement radical de ma vie.

 A la veille de mon engagement envers lui, engagement scellé par mon baptême, je lui ai écrit cette lettre. Qu'elle soit mon témoignage :

 « Seigneur, j'ai entendu ton message il y a bien longtemps déjà, mais il m'a fallu des années, des décennies, pour comprendre, grandir, mûrir, me rebeller même. Il m'a fallu du temps pour comprendre que vivre selon les lois de mon seul entendement, de lutter contre les aléas de ma vie et de me briser à tous ses murs, ne m'apportaient que solitude intérieure et désespoir.

Et puis un jour, grâce à ton appel qui devenait insistant, et enfin, assez claire avec moi-même, j'ai compris que je devais changer mes « pourquoi » en « pour quoi ».

 Je dis insistant, car je me sentais de moins en moins bien dans ma petite connaissance de ta parole. De moins en moins bien face aux comportements bien peu chrétiens que j'observais chez les personnes de mon église catholique, qui se disaient cependant plus chrétiens que tout le monde.

 Je dis insistant car je me suis littéralement sentie poussée à me rendre en vacances chez mon frère Manuel, pasteur est Espagne, l'été 2012. Ce n'était pas prévu car j'allais en effet visiter, à des centaines de kilomètres de là, mes autres frères et sœurs que je n'avais pas vus depuis quelques années. Mais, avec le recul et depuis que j'ai banni de mon vocabulaire les mots comme hasard, chance, coïncidences... je sais que c'est toi qui a œuvré et guidé mes pas vers cette rencontre insoupçonnée avec toi.

 C'est en effet bien loin de chez moi que je t'ai rencontré, par un dimanche de chaleur torride, dans cette église évangélique d'Andalousie où pour la toute première fois de ma vie, j'ai senti mon cœur lourd de ta présence. Après mon repentir et mon souhait de te recevoir dans mon cœur, entourée de mon frère, de ma fille, de celui que tu m'as envoyé et qui est depuis devenu mon époux, et de plein de frères et sœurs accueillants, j'ai reçu de toi cette grâce immense qui m'a transformée.

 Bien sûr, pas pas à pas, et forte de l'aide de tous mes bien aimés de l'église de Saint-Maximin que j'ai intégré dès mon retour, je chemine depuis, je grandis dans la Foi, je suis ton enfant et je découvre chaque jour les bienfaits de ta grande miséricorde. Et mon acte d'engagement de ce jour envers toi est plein de tout l'Amour que je te porte, de toute la Foi qui m'habite, de toute cette espérance que tu mets dans mes jours, et dont je veux témoigner publiquement.

 Le chemin à tes côtés, le chemin vers toi, n'est pas toujours facile, tu me l'as appris, et par moi même, je l'ai bien compris. Mais je sais aussi que ta lumière qui m'enveloppe est si forte que ton esprit qui me guide et m'offre le discernement quand mes pas sont incertains, est si présent, que j'y puiserai ma force pour rester dans tes voies.

 Au pire de mes moments, tu ne m'as jamais abandonnée. Bien sûr je l'ai cru tant de fois. Mais j'ai compris il n'y a pas longtemps. J'ai compris en fait, depuis que je te lis, depuis que je t'écoute, depuis que je sais et que j'admets que tu régis ma vie car c'est toi qui m'a crée. Toi seul sait ce que tu as prévu pour moi.

 Depuis, j'ai fait le tour de ces innombrables fois où ta main m'a protégée, guidée, empêchée de descendre plus bas, et je t'en remercie, Seigneur. Ce serait bien trop long, d'en témoigner aujourd'hui, mais l’œuvre de ta main, je la vois chaque jour de ma vie, parfois dans des choses minimes qui semblent insignifiantes, et pourtant...

 Ma fille Laurine, est l'enfant de ta grâce, c'est ma plus belle histoire. Ma première échographie a été réalisée très tôt suite à certains problèmes. Le diagnostic était formel, anomalie génétique, votre bébé ne vivra pas, fausse couche assurée dans le prochains jours. Je me souviens avoir hurlé et prié, puis accepté. Mais dans ma souffrance je t'ai quand même demandé fermement pourquoi m'avoir accordé la grâce pour laquelle je priais depuis si longtemps, pourquoi m'avoir laissé le temps de l'aimer et de vivre cette joie, pour me la reprendre aussitôt...

 Dix jours plus tard toujours pas de fausse couche. Échographie de contrôle. La veille du jour J le papa de Laurine a un accident de foot et est opéré d'urgence. Au moment de le quitter à l'hôpital avant de partir pour faire l'écho, donc seule, je m'entends aussi nettement qu'aujourd'hui lui dire, les yeux levés et le doigt pointé vers le ciel : la voix de l'homme a parlé, mais Dieu lui, ne m'a encore rien dit. Et tu as parlé un peu plus d'une heure après et exaucé ma prière.

 L'anomalie génétique s'est « transformée » en kyste du placenta que l'on a surveillé jusqu'à ce que la miss soit plus grande que lui. J'ai mis Laurine au monde dans des conditions que je ne souhaite à personne, vingt trois heures de souffrances et un col qui ne s'ouvrait pas. J'ai fini par écouter la sage femme qui me suppliait d'accepter de voir ma mère et ma grand-mère qui étaient trop malheureuses dans la salle d'attente. Ma grand-mère s'est alors mise à te prier, les mains sur mon ventre, invoquant la sainte croix de jésus christ. Mon col a commencé à s'ouvrir, puis ta main nous a sauvées, toutes les deux. Merci Seigneur.

 Je voudrai maintenant témoigner de la façon dont tu utilises nos vies pour un jour, nous amener à celle que tu as choisi pour nous. C'est toujours un sujet de profonde surprise pour moi, à chaque fois que j'y pense, et idem pour celui que tu as voulu que je rencontre en 2008 alors que nous vivions « en parallèle » entre guillemets depuis plus de 30 ans. Et oui, j'avais 20 ans et nos routes à yann et moi se croisaient en permanence : nous habitions à Paris deux rues adjacentes parallèles, prenions les mêmes transports, faisions notre marché au même endroit, avons été aux mêmes concerts, et Seigneur, mais comment as-tu fait ça ? Travaillions dans la même entreprise, maison mère et filiale, dans la même ville, traversions le même parc pour nous rendre au boulot !!!!! pour ne nous rencontrer que de nombreuses années plus tard sur un site de poésie, lui au Nord, moi au Sud ! Et n'avoir appris tout cela qu'après notre rencontre effective en discutant de nos passés.

 Seigneur, il n'y a pas de plus grand metteur en scène que toi et je passe sur la façon dont tu as voulu que l'on se rencontre et tout ce que tu avais mis en place pour cela. Merci mon Dieu.

 J'ai à cœur de témoigner de cette année 2011 où, encore une fois, tu as pris ma vie sous ton aile miséricordieuse. C'était en janvier, on avait fêté le 10ème anniversaire de Laurine et je lui avait offert une maman ours et son petit en porcelaine, comme symbole, et en lui promettant d'être toujours là pour elle, à ses côtés.

 Quelques jours plus tard, lors d'un examen de routine, le couperet d'une éventuelle grave maladie tombe sur nos jours paisibles. Je passe sur les mois de recherche, les hospitalisations. Ce que je ne peux oublier c'est que je souffrais plus de la promesse que j'avais fait à Laurine alors que je ne pourrai peut-être pas la tenir que de la situation même. Et je t'ai prié, tout en acceptant toutes les éventualités et finalités, te demandant de comprendre mon problème par rapport à cela. Mais te disant toujours que ta volonté se fasse et pas la mienne si c'est ce que tu as décidé pour moi.

 J'avais aussi autour de moi beaucoup de personnes qui priaient. Tous les marqueurs étaient positifs pour une suspicion de cancer de l'intestin avec métastases au foie mais les biopsies ne donnent rien de flagrant. Puis nouveaux contrôles, surprise du corps médical tout est négatif. A ce jour ils ne comprennent pas.D'autant plus que sur les quatre nodules au foie présents encore il y a deux ans, au contrôle de l'an passé deux avaient disparu et les autres étaient en régression.

 Alors quand je dis que tu es là Seigneur, j'y crois, je crois en toi.

 Il me suffit de lever les yeux pour être apaisée dans l'instant. Car quand je te demande de m'apporter ta paix, je sens que tu m'en enveloppes, et c'est si beau de sentir ta présence.

 Seigneur, je ne suis qu'un petit grain de sable sur la si vaste plage de l'humanité, mais ce grain de sable est à toi, créé par toi, guidé par toi, et je me sens forte de ta grâce.

 Je te demande pardon pour tant et tant de choses, et je viens aujourd'hui me dépouiller devant toi et devant mes frères et sœurs, de ce “vieil homme” qui m'éloignait de toi afin de vivre avec toi et pour toi, dans la lumière de cette nouvelle vie que tu m'offres.

Avec toi Seigneur, Pour toi Seigneur »

 Un an et demi ont passé depuis cette nuit où le cœur en paix et heureuse de vivre dans la grâce de Dieu chaque jour, mais sa fidélité pour moi n'a pas changé, sa présence, sa paix, sa main qui me guide et les réponses qu'il apporte à mes questions et à mes prières.

 Contrairement à ce que pourraient penser certains, la vie d'un Chrétien n'a rien d'un long fleuve tranquille. Mais le Seigneur a promis sa présence, son accompagnement de nos pas en toutes circonstances, et il reste fidèle à sa parole et à ses promesses. J'affirme l'expérimenter chaque jour !

Et j'aspire à rester toujours dans sa lumière, à avancer dans ses voies, à écouter sa voix de Père, et à vivre par ma Foi et dans la Foi.

 

 

Patricia F.

 

Ichtus (2)